Au hasard d’une lecture, me voilà plongée dans un excellent article de Nouvelles Clés « Les cadeaux peuvent-ils remplacer l’amour ».
L’article est un débat entre Claude HALMOS (psychanalyste et chroniqueuse sur France Info) et Dominique DESJEUX (anthropologue et rédacteur de www.argonautes.fr)
En synthèse de l’échange, l’introduction de l’article: A quoi servent les cadeaux ? A faire plaisir ou… à se faire plaisir ? Pourquoi certains cadeaux ne s’oublient-ils pas ?
Je ne retranscrirai pas ici l’intégralité de l’article mais quelques questions/réponses qui m’ont interpellées :
Pourquoi certains cadeaux ont-ils de la valeur ?
C.H. Les cadeaux qui marquent et dont on se souvient sont ceux qui ont été l’occasion d’une rencontre avec l’autre, indépendamment de la valeur marchande de l’objet. On ne parle sans doute pas assez de ce qui se joue au niveau de l’amour ou de la haine. Il y a les cadeaux « qui tuent », comme le livre de philosophie offert à une personne sans culture [...]. A l’inverse, il y a des cadeaux qui sont de l’amour véritable, qui ont été recherchés, qui correspondent à une attente : le livre offert à un enfant sur un sujet qui l’intéresse ou qu’on veut lui faire découvrir…
D.D. Les cadeaux, c’est comme la cuisine : pour signifier à une personne l’importance qu’on lui accorde, il faut y incorporer du temps. Un cadeau non marchand dans lequel nous avons investi du temps, pour le fabriquer ou le chercher, peut prendre beaucoup de valeur. Plus le temps investi est long, plus cela signifie la proximité affective.
Conserver ou revendre ?
D.D. Il y a des cadeaux que l’on conserve, qui forment, dans nos placards, des cimetières d’objets jamais utilisés. D’autres dont on se sépare. La circulation ou la non-circulation des cadeaux ne renvoie pas à des motivations personnelles mais à la force du lien social. Les cadeaux que nous conservons sont émotionnellement « chaud », par opposition au cadeaux « froids » – avec les « tièdes » au milieu. La valeur ou la « chaleur » d’un cadeau dépend de la proximité ou de la distance affective entre celui qui offre et celui qui reçoit.[...]
C.H. La possibilité de revendre un cadeau sur Internet dit quelquechose de la sauvagerie de notre société. Revendre un cadeau est pire qu’une gifle, c’est une négation du lien humain dont ce cadeau pouvait être l’expression, une sorte d’annulation de l’autre qui est d’une incroyable violence. Je parle ici des cadeaux de la sphère privée, non des cadeaux d’entreprise qui n’ont pas cette valeur de lien.
D.D. Je ne suis pas d’accord, une société n’est pas dans la violence parce que les cadeaux sont revendus sur Internet. Cet acte peut aussi être un moyen de libération : en le revendant, je me libère à la fois du cadeau et du lien social que n’ai pas envie d’avoir. Parfois, je revends simplement un cadeau qui ne me plait pas. Notre frilosité à cet égard est très culturelle. En Chine, on n’ouvre pas un cadeau devant le donateur : on peut même le remettre dans le circuit, et l’offrir à nouveau, quitte à recevoir un cadeau que l’on avait soi-même offert à quelqu’un. Les cadeaux ont surtout, dans ce cas, une valeur de lien social.
Le temps, le plus beau des cadeaux ?
C.H. Les adultes devraient réfléchir au fait que c’est le don qui importe, non le cadeau; ils devraient cesser de confondre amour et cadeaux. Les objets seuls ne rendent pas l’enfant plus heureux, le couvrir d’objets ne prépare pas à la vie, ne lui en apprends pas les règles, lui donne une idée fausse de l’existence. Plutôt qu’un objet, on peut offrir à l’enfant un voyage, une sortie au musée ou au concert. On peut lui donner du temps, accompagner son plaisir à découvrir, être là pour répondre à ses questions. Aimer un enfant, c’est l’aider à devenir quelqu’un. Cela demande du temps, mais le temps, on le trouve quand on le veut vraiment. D’autant que ce qui prime, c’est la qualité du temps accordé et non la quantité. Il ne suffit pas d’être présent, il faut vivre des moments riches, forts, des moments d’échange.
On voit aussi [les enfants] mettre de côté les cadeaux pour jouer avec les ficelles et les emballages et redécouvrir le plaisir de l’invention, de la création. Les enfants sont très forts pour mener leurs parents où ils veulent. Cependant les listes au Père Noël n’ont rien à voir avec les listes de mariage. D’une part, parce que le Père Noël est une représentation incarnée de l’amour des parents, de leur envie de faire plaisir. D’autre part, du fait du rapport de dépendance que l’enfant a à ses parents et à leur amour. Ces listes sont, pour lui, une façon de dire : voici mon désir, j’en appelle à l’envie que tu as de me faire plaisir, donc à ton amour. C’est une belle histoire ! Ce ne sont pas les listes qui me dérangent, mais ce qui y figure : toujours des objets, jamais des envies de projets, de voyages, de découverte.
Et vous ? Quelles relations entretenez-vous avec les cadeaux ?